Le cahier bleu – James A. Levine

Le cahier bleu

Quatrième de couverture 

Batuk est âgée de neuf ans à peine quand son père, un paysan du Madya Pradesh, la vend à un bordel d’enfants de Common Street, à Bombay.
Jetée en pâture aux désirs pervers des notables de la ville et des policiers pédophiles, la petite prostituée parvient, six années plus tard, à subtiliser un crayon à sa patronne. Et se met à couvrir les pages d’un cahier bleu auquel elle confie le quotidien épouvantable de son esclavage sexuel.
Dans ce journal intimiste, désespéré, expiatoire, Batuk écrit tous les jours avec ses mots d’enfant sacrifiée. Elle écrit pour conjurer son destin, pour oublier que son père a abandonné sa léoparde aux yeux d’argent à la violence de ces clients qui viennent jusque dans son nid pour y faire des pains au lait. Elle écrit aussi pour retrouver ses jeux au village avec les lézards de son enfance entre les rochers chauffés par le soleil.
Et, dans son cahier bleu, Batuk finit par s’inventer des héros fantastiques qui viendront peut-être, un jour, la libérer… Mais, une nuit, un taxi blanc s’arrête devant sa prison…

Mon avis

Batuk est une léoparde aux yeux d’argent et, dans son nid, elle fabrique chaque jour des pains au lait avec son lapinou. Du moins pour la version imagée. Parce qu’en mots d’adultes ça ressemblerait plutôt à ça : Batuk est une adolescente, elle vit dans une « cage » de Mumbai où les seules fournées qu’elle enchaîne sont des passes. Les mots qu’elle pose dans son cahier bleu, celui qui donne son nom au roman, sont peut-être la seule chose qui lui appartienne encore. Elle a été vendue, sa virginité a été donnée au plus offrant, son corps, lui, se monnaie quotidiennement. Peut-être pour mieux symboliser cette enfance perdue, la voix de Batuk reste en partie et ce, malgré ses quinze ans, enfantine et naïve : à la cruauté, aux humiliations, à l’horreur de la prostitution, Batuk oppose résignation, espoir et rêve et trouve refuge dans les moments heureux de son enfance ou encore dans les contes fantastiques qu’elle s’invente. Nulle révolte dans ses écrits, Batuk accepte son destin, en tachant de tirer le meilleur de ses courts moments de répits et de ruser pour économiser son corps et s’assurer les bonnes grâces de la mère maquerelle.

Cette plongée dans la prostitution infantile, on la prend en pleine face tant tout sonne vrai, tant les mots sont justes et hurlants de vérité. On oublie d’ailleurs assez vite qu’il ne s’agit « que » d’un roman et non d’un témoignage, l’illusion étant probablement renforcée par la minutieuse enquête que James A. Levine mena en Inde sur le travail des enfants. L’écriture ne tombe jamais dans le pathos ou la vulgarité, même si elle est brutale et sans concessions et ne laisse guère de place à l’imagination. La seconde partie du livre est particulièrement révoltante, tant l’on s’enfonce dans la perversité, dans la négation de la vie même de cette jeune fille. La description de ces enfants exploités, maltraités voire mutilés ne se fait pas sans mal mais le plus bouleversant à mes yeux reste la conviction de Batuk d’être plus intelligente que ses tortionnaires, plus forte que ses camarades d’infortune, la conviction qu’elle, elle arrivera à s’échapper…

Difficile d’affirmer avoir « aimé » ce genre de lecture, compte tenu de son sujet… Achevée il y a un mois, il m’aura fallu tout ce temps pour tenter, avec le plus de recul possible, d’écrire cette chronique. Mais Le cahier bleu est un de ces livres dont on dit qu’ils sont « nécessaires ». Nécessaires pour garder à l’esprit que de telles horreurs, bien lointaines, n’existent pas que dans les films.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s